Journaliste: Emilie Russo
Le secteur de la mode à Montréal connaît un renouveau ces dernières années.
Plusieurs jeunes designers, comme Ève Gravel et Dinh Bà, ont choisi de mettre
en commun leurs ressources sous la forme d’un collectif d’entreprises. Ainsi
est né le LABoratoire créatif, qui regroupe plus de 150 designers sur la rue De
Gaspé.
Depuis 2004, le collectif permet aux designers de partager l’équipement,
l’expertise et la commercialisation, en plus d’avoir accès à tout un réseau de
partenaires. Ce nouveau modèle d’affaires a été salvateur pour l’industrie du
vêtement, qui avait déserté les manufactures du quartier vers la fin des années
1990. « On voit que la confection de la mode revient à Montréal, elle ne va plus
en Chine pour de nombreuses raisons, comme le transport, la qualité et les
frais de dédouanement. On a eu raison de subventionner un secteur soi-disant en
perdition. Aujourd’hui, on voit qu’il contribue au PIB montréalais et à la
création », avance Linda Vallée, présidente de la CDEC
Centre-Sud/Plateau-Mont-Royal, l’organisme responsable du développement
économique local.
Ce renouveau est très récent, précise Helka Witko, directrice du LAB. « C’est encore dur, mais c’est loin de ce que c’était il y a dix ans. » Et même si les commandes reviennent plus souvent aux manufactures locales qu’avant, les ouvriers de la couture ont fait place à de nombreux designers.
Le rôle du LAB est de représenter ces jeunes designers et les faire
connaître auprès du public. En plus d’un grand atelier muni de machines
spécialisées, le LAB comprend un espace multifonctionnel qui sert à la fois de
showroom, de salle de réunion et de studio de photos. Il offre également un
coaching personnalisé, des formations, des conférences ainsi que l’organisation
de ventes collectives. Les membres sont aussi invités à participer à la Semaine
de Mode qui se tient au printemps.
La plupart des créateurs n’ont pas d’employés et font affaire avec des
pigistes à l’occasion. L’isolement peut parfois être lourd à porter. « Comme
beaucoup de métiers créatifs, c’est très facile de se retrouver enfermé chez
soi et de ne pas voir personne. Humainement, ça use. » « L’avantage du LAB
c’est qu’ils sont tous ensemble, en réseau, et peuvent s’échanger des contacts,
des références ou des conseils sur leur manière de coudre. Il y a une belle
dynamique. C’est toujours surprenant de voir qu’il n’y a aucune compétition, ou
du moins en apparence. Les échanges sont ouverts, c’est assez sympa à voir »,
explique Mme Witko.
Où les trouver ?
On retrouve maintenant plusieurs designers québécois dans les grands
magasins comme La Baie. Mais selon Helka Witko, il reste du chemin à faire, car
les acheteurs des compagnies de mode sont encore « frileux » aux nouvelles
créations locales. « Quand on fait nos ventes annuelles, les gens nous disent
"C’est génial, on aimerait tellement en avoir plus souvent”. Ils cherchent
ça et le demande, et c’est vrai qu’il n’y a rien à leur disposition à l’heure
actuelle. »
Dans ce contexte, certains décident de s’installer ailleurs, à New York ou
en Europe. « Le malheur c’est que le marché québécois est assez limité et peut
rapidement être saturé, explique Mme Witko. Montréal c’est une ville qui permet
de créer, il y a un dynamisme, une énergie. Mais à l’heure actuelle, il n’y a
pas vraiment d’avantage économique pour un designer de rester ici.»
Dans l’attente d’une boutique où ils seraient tous réunis, le LAB organisera trois ventes collectives cet automne. On peut s’inscrire sur le site web pour recevoir l’invitation au www.labcreatif.ca.